Commissaire d’exposition lors de la célébration du centenaire de DADA

« Il est ridicule alors, et cela dépasse les bornes de la bêtise policière, de dire que Dada (dont l’action et le succès sont indéniables) ne soit qu’une « valeur négative ». Même les écoliers ne se font plus avoir avec ce truc du négatif et du positif… » Tristan Tzara 

C’est une authentique jubilation, un bonheur « manifeste » de célébrer au Pavillon Vendôme, le centenaire de Dada, l’un des mouvements les plus marquants de notre temps. Avant-garde majeure du monde occidental, Dada a fait souffler un vent de liberté sur son époque. Dada merci ! En effet, tant sont nombreux les legs qu’à fait Dada au monde actuel : la force du verbe, l’attitude érigée en art, le concept de ready-made, la politique comme terrain de quête artistique, le jeu dorénavant partout présent, la notion de hasard dans l’art. . . Anti-mouvement nihiliste, Dada est contre tout et notre époque actuelle lui doit beaucoup. Á force vacarme et rébellion, Dada semble parodier « Liberté », le fameux poème d’Eluard : Je crie ton. . . NON ! Guidé par l’esprit dynamiteur du mouvement Dada, j’ai souhaité au travers du titre de l’exposition, rendre un hommage particulier à Francis Picabia. En effet, Picabia dans sa missive intitulée : Francis Merci ! (titre extrait d’un texte manifeste de Francis Picabia, publié dans Littérature, 2ème série, numéro 8, en 1923) avoue : « Ce que j’aime c’est inventer, imaginer, fabriquer à chaque instant avec moi-même, un autre moi-même. . . ». Qu’ici sa volonté soit… fête ! 

Dada aime les manifestes. Tristan Tzara a publié pas moins de sept manifestes, Hausmann deux, Huelsenbeck un, Breton deux, qui signe ainsi la fin du dadaïsme et la naissance du surréalisme. . . Ceci s’explique par le fait que l’art dadaïste échappait – du moins au moment où il a émergé – aux réseaux de diffusion et d’exploitation habituels tels que musées, marché de l’art et grands éditeurs, et il s’est occupé lui-même de se faire connaître. Le manifeste étant son média de prédilection. Les contestataires sont nombreux et quelques uns d’entre eux créent des groupes plus ou moins organisés pour propager leurs idées. Dans son manifeste, écrit en juillet 1916, Hugo Ball donne la primauté au mot, et hésite à parler d’art : « Le mot, messieurs, le mot est une affaire publique de tout premier ordre ». Par le manifeste, la force universelle du verbe offre à Dada la sensation momentanée de clamer ses revendications salvatrices !



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